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Peut-on prouver l’existence de Dieu ?
publié le vendredi 14 octobre 2005
Voilà une question très débattue au cours de l’histoire de la philosophie. De la réponse à cette question dépend la possibilité pour l’homme d’élaborer une métaphysique solide, capable de remonter aux principes ultimes de l’existence. L’Eglise qui désire encourager les hommes à reconnaître la valeur de leurs propres capacités rationnelles, répond d’une façon affirmative. La raison, au même titre que la foi, nous permet d’avancer vers la contemplation des vérités ultimes.
C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître lui-même afin que, Le connaissant et L’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même FIDES ET RATIO §1.
Cette recherche est du reste inscrite au coeur de l’homme. C’est déjà un signe qu’il y a dans l’homme une aspiration à la contemplation de ces vérités ultimes :
Il n’est pas pensable qu’une recherche aussi profondément enracinée dans la nature humaine puisse être complètement inutile et vaine. La capacité même de chercher la vérité et de poser des questions implique déjà une première réponse. L’homme ne commencerait pas à chercher ce qu’il ignorerait complètement ou ce qu’il estimerait impossible à atteindre. Seule la perspective de pouvoir arriver à une réponse peut le pousser à faire le premier pas. (...) La soif de vérité est tellement enracinée dans le cœur de l’homme que la laisser de côté mettrait l’existence en crise. FIDES ET RATIO §29.
Quelle est la valeur scientifique de ces preuves ?
Tout d’abord, une précision importante : Le concept de « sciences » a perdu au cours du XX siècle son sens propre. Les sciences expérimentales (la physique quantique, la biologie moléculaire, l’astrophysique, etc.) sont appelées « sciences » d’une façon abusive. Car la science désigne avant tout une connaissance vraie, universelle et nécessaire par les causes. Or toutes les lois et principes des sciences expérimentales sont soumis à la contingence de la matière, ce qui rend impossible leur « universalité » et leur « nécessité ». En ce sens, l’affirmation « L’homme est un animal doué de raison » est beaucoup plus « scientifique » que l’affirmation « Tout corps posé à la surface de la Terre est soumis à une force de pesanteur égale à ... ».
En ce qui concerne la preuve de l’existence de Dieu, une chose est sûre : on ne peut pas en avoir non plus une connaissance « certaine par les causes », car pour cela, il faudrait connaître la cause de Dieu. Ce qui est impossible, car Dieu est le seul être incréé, cause de Lui-même.
Il y a cependant une autre façon d’obtenir une vérité, certes moins parfaite, mais tout aussi valide. Il s’agit d’une connaissance par l’effet. Il ne s’agit donc pas à proprement parler de la « preuve de l’existence de Dieu », mais d’une mise en évidence de la nécessité de supposer l’existence d’un premier moteur, cause efficiente et nécessaire. Cette démonstration ne peut pas parvenir à nous dire pourquoi la conclusion est vraie, mais elle peut néanmoins affirmer avec certitude qu’elle est vraie.
Ces preuves n’empiètent-elles pas sur la foi ?
Attention : la foi ne consiste pas à croire en l’existence nécessaire d’un premier moteur, mais en une adhésion personnelle et pleine de confiance à toute la révélation achevée spécialement en Jésus Christ. Il ne s’agit pas d’une connaissance théorique mais d’un acte de totale soumission motivé par l’amour de Dieu et des vérités qu’il nous a révélé.
L’existence de Dieu et même quelques unes de ses caractéristiques n’empiètent en rien sur la foi, car cette dernière nous conduit à croire en un Dieu Trinitaire qui est amour pour chacun d’entre nous. Le problème réel pour l’homme contemporain, comme le notait Kierkegard, n’est en effet pas tant de savoir si Dieu existe vraiment (ce qui est en fait assez évident) mais plutôt de savoir s’il est bon.
En outre, les Ecritures Saintes ne disent nulle part que l’homme est incapable de découvrir, à la lumière de sa raison naturelle, une certaine connaissance de Dieu et de ses qualités. Au contraire, Saint Paul affirme « Depuis la Création du monde, nous pouvons contempler ses perfections invisibles avec notre intelligence dans les oeuvres qu’il a accompli, comme son éternelle puissance et divinité. » Rm 1.20
Ajoutons que le Pape Jean-Paul II a très souvent rappelé la complémentarité de la foi et de la raison dans l’ordre de la sagesse.
« Cette vérité que Dieu nous révèle en Jésus Christ n’est pas en contradiction avec les vérités que l’on atteint en philosophant. Les deux ordres de connaissance conduisent au contraire à la vérité dans sa plénitude. L’unité de la vérité est déjà un postulat fondamental de la raison humaine, exprimé dans le principe de non contradiction. La Révélation donne la certitude de cette unité, en montrant que le Dieu créateur est aussi le Dieu de l’histoire du salut. Le même et identique Dieu, qui fonde et garantit l’intelligibilité et la justesse de l’ordre naturel des choses sur lesquelles les savants s’appuient en toute confiance, est celui-là même qui se révèle Père de notre Seigneur Jésus Christ. » FIDES ET RATIO §34
L’enjeu de la question
Dans l’Encyclique Fides et ratio, Jean-Paul II rappelle avec insistance tout l’enjeu de la question : Si l’homme ne peut s’appuyer sereinement sur sa raison pour obtenir quelques vérités sur les principes ultimes de l’existence, il ne peut construire une philosophie cohérente. Les conséquences d’un tel échec sont terribles dans l’ordre de la morale !
« On doit noter que l’un des aspects les plus marquants de notre condition actuelle est la « crise du sens ». Les points de vue sur la vie et sur le monde, souvent de caractère scientifique, se sont tellement multipliés que, en fait, nous assistons au développement du phénomène de la fragmentation du savoir. C’est précisément cela qui rend difficile et souvent vaine la recherche d’un sens. La conséquence de tout cela est que l’esprit humain est souvent envahi par une forme de pensée ambiguë qui l’amène à s’enfermer encore plus en lui-même, dans les limites de sa propre immanence, sans aucune référence au transcendant. Une philosophie qui ne poserait pas la question du sens de l’existence courrait le grave risque de réduire la raison à des fonctions purement instrumentales, sans aucune passion authentique pour la recherche de la vérité.
Pour être en harmonie avec la parole de Dieu, il est avant tout nécessaire que la philosophie retrouve sa dimension sapientielle de recherche du sens ultime et global de la vie. Tout bien considéré, cette première exigence constitue un stimulant très utile pour la philosophie, afin qu’elle se conforme à sa propre nature. De cette manière, en effet, elle ne sera pas seulement l’instance critique déterminante qui montre aux divers domaines du savoir scientifique leurs fondements et leurs limites, mais elle se situera aussi comme l’instance dernière de l’unification du savoir et de l’agir humain, les amenant à converger vers un but et un sens derniers.
Cette dimension sapientielle est d’autant plus indispensable aujourd’hui que l’immense accroissement du pouvoir technique de l’humanité demande une conscience vive et renouvelée des valeurs ultimes. Si ces moyens techniques ne devaient pas être ordonnés à une fin non purement utilitariste, ils pourraient vite manifester leur inhumanité et même se transformer en potentiel destructeur du genre humain. » FIDES ET RATIO §82 et 83.
Toutes les preuves sont-elles valides ?
Non, pas du tout. Au cours de l’histoire, un grand nombre de philosophes a tenté de faire des démonstrations de l’existence de Dieu. Certaines d’entre elles contenaient des arguments fallacieux. On peut citer par exemple le fameux argument de Saint Anselme qui se présente comme une réduction à l’absurde :
(1) Si je considère vrai que : « Une chose dont on ne peut pas penser une autre chose plus grande n’existe pas ».
(2) Sachant qu’il est évident que « Ce qui n’existe pas » est « quelque chose dont une autre chose plus grande peut être pensée ».
(3) Il faut nécessairement conclure que « Une chose dont on ne peut pas penser une chose plus grande » est « quelque chose dont une autre chose plus grande peut être pensée ».
(4) Cette conclusion est évidemment contradictoire. Cela signifie que la première premisse (1) étaient fausse. Autrement dit : « Il existe une chose dont on ne peut pas penser une autre chose plus grande ».
Cette preuve n’est pas valide, même si la conclusion et l’ensemble du raisonement est correct. La conclusion n’ « arrive pas » jusqu’à la preuve de Dieu, car elle reste dans l’ordre logique, c’est-à-dire de la connaissance. Mais l’existence de Dieu ne découle pas de notre connaissance !
Quelles sont les preuves et dans quel ordre se présentent-elles ?
Saint Thomas d’Aquin a résumé toutes les preuves de l’existence de Dieu en cinq grandes voies. Toutes les autres preuves valides peuvent être réduites à l’une de ces voies.
La première voie part du mouvement, la deuxième de la cause efficiente, la troisième de la cause matérielle (comme « possible » et opposée à un être dont l’existence est « nécessaire »), la quatrième de la cause formelle et la dernière de la cause finale. On couvre ainsi les quatre grands genres de causalité, partant du plus concrèt jusqu’au plus abstrait.
Mais si nous voulons manifester que toutes ces preuves nous conduisent bien vers le même Dieu, il faut peut-être suivre un ordre différent : Ainsi, en commençant avec la 4ème voie, nous prouvons qu’il y a un être qui est l’être le plus parfait qui soit et qui est la cause de perfection de tous les autres êtres. On continue alors avec la 2ème voie : il s’agit d’une cause première (un agent premier) car si c’était une cause seconde, il tirerait ses perfections d’un autre être et serait donc moins parfait que l’autre. Il s’ensuit qu’il doit avoir une existence nécessaire (3ème voie) car sans cela, il serait contingent (donc moins parfait) ou tirer sa nécessité d’un autre être. Il s’ensuit alors qu’il doit être une cause innamovible de mouvement ou de changement (1ère voie), puisque le mouvement et les changements ont différents degrés de perfection. Enfin, il doit aussi être le premier esprit qui a ordonné la nature (5ème voie), puisque tout ce qui est dans la nature a aussi plusieurs degrés de perfection et de noblesse, et parce que tout ce qui n’a pas d’esprit est ordonné par celui qui en a un.
Quelle est la première voie ?
Cette preuve part du mouvement pour arriver jusqu’à une cause non-mûe de mouvement. Le simple fait que les choses (l’univers, le monde, tout ce qui contient de la matière) sont en mouvement, nous renvoit à la nécessité d’un « premier moteur », c’est-à-dire une première cause de mouvement.
Pourquoi ? Parce que tout ce qui est mû est mû par autre chose (en effet, pour qu’une chose ne soit pas mûe par une autre, il faudrait qu’elle soit en puissance et en acte en même temps et sous le même rapport, ce qui est absurde).
Or, toute série de causes dépend nécessairement d’une première cause. Autrement dit, le premier moteur ne peut pas être mû lui-même par autre chose.
Et donc, si le premier moteur ne peut pas être mû par autre chose, il faut conclure qu’il y a un premier moteur qui n’est pas mû.
Quelle est la deuxième voie ?
Le deuxième voie découle de la nature de la cause efficiente (syllogisme hypothétique, modus tollens) :
Si on remontait à l’infini les causes efficientes, il n’y aurait pas de première cause efficiente, ni de dernier effet et encore moins de causes efficientes intermédiaires (car dans toutes les causes efficientes ordonnées les unes aux autres, la première cause la seconde, la seconde cause la troisième... et ainsi de suite jusqu’au dernier effet. Or, on voit bien que dans la nature il y a un ordre de causes efficientes.
On ne peut donc pas procéder à l’infini dans l’ordre des causes efficientes. Autrement dit : il faut nécessairement qu’il y ait une première cause efficiente.
Quelle est la troisième voie ?
La troisième voie est une réduction à l’absurde qui part des êtres possibles pour manifester qu’un être doit posséder une existence nécessaire :
(1) Si on considère vrai que : Tous les êtres peuvent ne pas exister.
(2) Sachant que rien de ce qui peut ne pas exister ne peut durer éternellement, c’est-à-dire que tout ce qui peut ne pas exister, à un certain moment, n’existait pas.
(3) On doit en déduire que TOUS les êtres, à un certain moment, n’existaient pas.
(4) Mais s’ils n’existaient à un certain moment, alors il ne devrait rien exister maintenant ! Ce qui est absurde. Il faut donc que la première prémisse soit fausse : Il y a donc (au moins) un être dont l’existence est nécessaire.
Quelle est la quatrième voie ?
La quatrième voie part des différents degrés de perfection que nous rencontrons dans la nature : L’imparfait renvoit en effet toujours à quelque chose qui est plus parfait.
Or, il y a des choses moins parfaites, moins vraies, moins bonnes - et qui ont donc moins d’être - que d’autres.
Il doit donc exister quelque chose de plus parfait, vrai et bon et qui a donc plus « d’être » que tous les autres.
Or, puisque ce qu’il y a de mieux dans un genre doit être la cause de tout ce qu’il y a dans le genre, il faut donc conclure qu’il doit y avoir quelque chose qui est cause des êtres et de toutes leurs perfections.
Quelle est la cinquième voie ?
La cinquième voie est sans doute la plus simple, mais aussi la plus abstraite. Elle peut nous sembler trop évidente pour être vraie, et pourtant elle est tout à fait valide. On pourrait dire même qu’elle correspond au raisonnement que se sont fait de nombreux scientifiques comme Einstein devant l’ordre et l’harmonie de la nature. Elle s’articule autour de la cause finale :
Tout ce qui est ordonné vers une fin suppose un esprit.
Or toutes les choses naturelles sont ordonnées vers une fin.
Il doit donc il y avoir un esprit par lequel les être naturelles sont ordonnées vers une fin.
Est-ce que ces preuves sont encore valables ?
Il s’agit, comme nous l’avons déjà dit, de raisonnement philosophiques : c’est-à-dire de considérations générales sur la nature des choses. Leur valeur ne dépend pas de l’époque ni des découvertes scientifiques sur la nature du cosmos.
Il est certain qu’on peut être un peu « déboussolé » par ce type de raisonnement quand on n’est pas habitué à l’argumentation philosophique. Mais ce n’est pas parce qu’on ne les comprend pas qu’elles sont fausses ou dépassées ! Cela signifie peut-être tout simplement qu’il faut habituer l’intelligence à manier des concepts qui ne sont pas mathématiques.
C’est un peu comme si on regarde un tableau de trop près sans arriver à le voir entièrement. Il faut prendre du recul. C’est ce qui propose la philosophie, à travers une méthodologie rigoureuse, elle raisonne sur les notions qui semblent pourtant très évidentes en soi mais qui sont tellement « générale » qu’il faut en fait beaucoup de rigueur et de logique pour éviter les erreurs et les arguments fallacieux.
On pourrait ajouter en plus que les sciences modernes, sans pouvoir invalider les raisonnements philosophiques, semblent aujourd’hui s’en approcher car l’admiration de la perfection et de l’équilibre tellement extraordinaire de l’univers et de la nature conduit naturellement l’intelligence des scientifiques, quand ils ne sont pas influencés par certains préjugés idéologiques, à reconnaître la nécessité d’un Créateur.
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